23 avril 2006

Commerce équitable : le client schizophrène

Du 29 avril au 15 mai, la quinzaine du commerce équitable va nous rappeler à quel point il est important de consommer de façon responsable, avec l’aide de l’ONG Max Havelaar et des entreprises ou coopératives qui distribuent des produits labellisés, telles que Artisans du monde (165 points de vente), Alter Eco, Equithable... retrouvez-les sur le site Commerce équitable
J’ai glané quelques chiffres (N°2973 du journal Hôtellerie Restauration) : 9% des français avaient entendu parler du commerce équitable en 2000, contre 45% en 2003 et 75% en 2005. Selon cette source, les français ne dépenseraient par an que 2,5 € en produits issus du commerce équitable (autrement dit : rien du tout).
J’avoue, comme la plupart des « consommateurs d’en bas », être complètement perdu. Il m’a fallut lire l’étiquette de mon café Malongo pour comprendre que Max Havelaar n’était pas le cousin pauvre de Jacques Vabre, mais bien une nouvelle marque issue d’une association qui a créé, sans concertation avec des associations de consommateurs, son propre label. Commerce équitable, développement durable, consommation responsable : le client de base est complètement perdu !
Lorsque je lis le dernier numéro du magazine Que Choisir (N°436 avril 2006 «Commerce équitable : idée généreuse ou bluff marketing ?») j’avoue y voir plus clair et je peux en conclure avec certitude…que c’est un véritable bazar !
Saviez-vous qu’il n’existe pas de norme officielle car l’AFNOR a publié un accord (après trois ans de discussions) que les acteurs de ce fameux commerce équitable ont refusé de signer car ils n’arrivent pas à s’entendre sur les critères ?
Saviez-vous qu’Artisans du monde réserve ses produits aux boutiques de proximité et qu’Alter Eco diffuse en grandes surfaces ? A chaque acteur sa façon de voir, comme pour la part d’ingrédients équitables nécessaire à l’obtention du label (50% chez Max Havelaar, 25% chez Bio Equitable). La DGCCRF (Direction générale de la concurrence et de la répression des fraudes) a identifié 17 démarches différentes chez 55 opérateurs et pour la moitié d’entre eux des anomalies ont été constatées sur la qualité et la sécurité. «Les produits du commerce équitable sont généralement plus chers que les produits courants. Aussi, le consommateur est-il en droit d’attendre des garanties quand au caractère équitable annoncé sur ces produits.», précise la DGCCRF.
Il y a incontestablement un mouvement en faveur d’une consommation responsable et nous sommes ici dans les prémices de son organisation ; la demande est faible mais va croissante et l'offre est opaque, inaccessible et désordonnée. Les abus commerciaux et marketing vont aller croissants car là où il y a attente du client, il faut une réponse immédiate, et donc des euros à se faire rapidement.
Le client est donc condamné pour l’instant à faire un effort financier pour satisfaire son besoin d’équité. Mais comment peut-il comprendre qu’il faille payer plus cher un produit en faveur des pays en voie de développement alors que la grande distribution lui offre les prix les plus bas en achetant à bas prix aux agriculteurs français en difficulté ?
Sur ce sujet, nous voilà revenu à une caractéristique du client : la schizophrénie (c’est à dire comme le précise le Dictionnaire Le Robert : ambivalence des pensées, des sentiments, conduite paradoxale).

1 commentaire:

Sylvain Alcover a dit…

"It's the economy stupid"
- James Carville 1992

Le commerce equitable n'est viable que si le consommateur y trouve un avantage financier.